Après près de dix ans comme ergothérapeute, Lucie n’imaginait pas forcément se retrouver un jour sur un chantier pour rénover une église.
Pourtant, à la suite du Covid et d’un licenciement, elle s’est retrouvée contrainte de repenser entièrement son avenir professionnel.
Entre fausses pistes, formations, immersions et remises en question, elle a finalement trouvé sa voie dans la rénovation du patrimoine.
Dans cet entretien, elle nous a raconté comment elle est passée d’un métier du soin à un métier manuel, au plus près de ses valeurs et de son besoin de concret.
Bonjour Lucie, peux-tu nous parler de ton parcours ?
Je me suis cherchée assez longtemps !
J’ai fait deux fois la première année de fac de psycho avant de tenter deux fois la première année de médecine pour devenir sage-femme. Après ces échecs, j’ai voulu rester dans le paramédical et je suis devenue ergothérapeute après trois ans d’études.
J’ai travaillé pendant quasiment dix ans dans différentes structures auprès de publics variés.
Quel a été le déclic pour changer de voie ?
Au moment du Covid, j’ai refusé l’obligation vaccinale, ce qui a fait que je n’avais plus le droit de travailler. J’étais dégoûtée par tout ce qui s’était passé à ce moment-là, donc j’ai commencé à envisager une reconversion mais je ne savais pas vraiment vers quoi aller.
Je me suis ensuite fait licencier, ce qui m’a ouvert les droits au chômage. J’ai alors eu le temps de me poser pour réfléchir. J’avais envie d’aller vers des métiers plus manuels après avoir mobilisé majoritairement mes capacités intellectuelles. Promener mon chien dehors m’a aussi donné envie de travailler en extérieur plutôt que dans un bureau fermé.
Quelles ont été les étapes pour te reconvertir dans la rénovation du patrimoine ?
Le domaine de la rénovation n’était pas du tout une évidence dès le départ. Je me suis d’abord concentrée sur le domaine animalier mais l’aspect médical, l’élevage ou l’enfermement des animaux au sein d’un zoo m’a rebutée.
J’ai ensuite souhaité explorer le milieu agricole, alors j’ai fait des immersions et j’ai sérieusement envisagé de passer le BPREA (un brevet pour devenir responsable d’une exploitation agricole). Mais les échanges que j’ai eus avec des personnes qui avaient fait des reconversions dans ce milieu m’ont découragée. Ça avait l’air très précaire et vraiment trop difficile.
Finalement, c’est mon compagnon qui m’a parlé d’une formation dans la restauration du patrimoine. Il était tombé là-dessus sur Leboncoin, quel hasard ! J’avais toujours aimé bricolé et pendant ma suspension en tant qu’ergothérapeute, j’avais retapé ma maison et ça m’avait plu.
La formation de neuf mois a été difficile physiquement, mais le fait d’apprendre à rénover des bâtiments avec des techniques anciennes m’a énormément motivée.
J’ai ensuite cherché à me former directement sur le terrain pour gagner en expérience. J’ai alors rejoint un maçon qui avait sa propre activité et qui souhaitait former de nouvelles personnes avant de prendre sa retraite. J’ai été embauchée d’abord en intérim et mon contrat s’est transformé en CDI début 2025. Depuis, je travaille sur un gros chantier de rénovation d’une église en utilisant les techniques de l’époque.
As-tu été confrontée à des difficultés ? Comment les as-tu dépassées ?
La plus grande difficulté a été d’être confrontée à autant d’incertitude. J’avais très peur de ne trouver aucune voie qui pourrait être pérenne financièrement.
Ce qui m’a le plus aidée, ça a été de rencontrer des personnes qui avaient déjà fait des reconversions dans ces milieux. Ça m’a permis de successivement ouvrir et fermer des possibilités.
Mon compagnon a aussi été un gros soutien pendant toute cette période en prenant en charge une grande partie du quotidien et j’ai également fait un suivi psychologique en parallèle.
Comment as-tu géré l'instabilité financière de ta reconversion ?
J’ai eu la chance de bénéficier du chômage à l’issue de mon licenciement (2 ans à l’époque) et j’ai également eu une aide financière de France Travail à la fin du chômage pour terminer ma formation. La formation, quant à elle, était intégralement payée par la Région et l’Europe.
Ma mère m’a aussi aidée à faire la transition en me donnant un peu d’argent.
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Aujourd'hui, quel est ton bilan ?
Je m’estime chanceuse car je fais partie d’un grand projet de rénovation du patrimoine tout en ayant un salaire fixe et des avantages salariés (paniers repas, chèques vacances, RTT, etc.). Il faut savoir que beaucoup de personnes dans ce milieu sont à leur compte, donc n’ont pas autant de sécurité.
Mon chef me forme beaucoup, ce qui me permet d’apprendre énormément, et c’est même devenu un ami. Je vois beaucoup de beauté à mon travail, je le trouve à la fois minutieux et créatif. Ça reste un métier très physique à horaires décalés (6h-15h), je suis fatiguée le soir, mais ça me va.
Je tire une grande satisfaction d’apprendre toutes ces compétences de rénovation et construction, ça me donne la possibilité de rénover un lieu plus tard avec des matières nobles, ce qui me correspond à 100% en termes de valeurs.
D’autre part, le fait d’avoir survécu à une reconversion professionnelle me donne aussi confiance pour la suite de mon parcours : je sais que je saurai rebondir quoi qu’il arrive !
Les conseils de Lucie à une femme qui envisagerait de se lancer dans un projet similaire :
Faire des immersions dans des domaines différents : ça permet de rencontrer du monde et de voir ce qui peut nous plaire ou pas. En plus, ça aide à faire accepter son dossier pour des formations et ça donne plus de légitimité pour candidater à des postes.
- Faire des rencontres et poser des questions : certaines personnes sont très ouvertes et ça peut déclencher des opportunités. Une rencontre suffit pour explorer un nouveau domaine.
- Avoir confiance en soi et en ses différences : une femme dans un milieu d’hommes a des choses à apporter et pourra y trouver sa place, plusieurs entreprises cherchaient d’ailleurs la parité et étaient très ouvertes à accueillir des femmes.