On peut avoir une carrière stable, évoluer, réussir… et pourtant sentir qu’on n’est plus aligné·e. C’est ce qu’a vécu Marion après 15 ans dans la promotion immobilière, où elle a gravi les échelons jusqu’à devenir responsable des opérations.
Quand le manque de sens est devenu plus fort que le confort de la stabilité, elle a choisi de se reconvertir vers l’ayurvéda.
Dans cet entretien, elle revient sur son parcours, les étapes de sa transition et les réalités de l’entrepreneuriat.
Bonjour Marion, peux-tu nous parler de ton parcours ?
J’ai fait des études littéraires et en arts plastiques : j’aimais créer, écrire, poser et structurer mes idées. J’ai ensuite bifurqué vers l’histoire de l’art et la préservation du patrimoine, attirée par les belles matières, les beaux objets, le souci du détail. Après plusieurs stages, j’ai réalisé deux choses : d’abord, que le cadre de la fonction publique culturelle ne me convenait pas. Ensuite, que les contraintes de financement dans ce secteur allaient limiter ma capacité d’action. J’avais de l’ambition et je voulais pouvoir impacter.
Mes études se terminaient et je n’avais plus de projet professionnel défini. J’ai postulé en intérim chez un promoteur immobilier. Ils m’ont embauchée pour quelques mois, puis m’ont proposé d’enchaîner les remplacements de différentes collaboratrices : je percutais vite et j’étais efficace, même si je n’y connaissais rien au départ. C’est comme ça que j’ai découvert ce secteur ! J’y suis arrivée par hasard, mais j’y suis restée parce que je m’y suis plue.
J’ai ensuite travaillé dans ce domaine pendant 15 ans, dans différentes structures et en gravissant les échelons : assistante commerciale et ADV, assistante de direction, assistante technique puis responsable technique et enfin responsable des opérations.
Quel a été le déclic pour changer de voie ?
Pendant longtemps, j’ai aimé ce métier. La gestion de projet, le risk management, la richesse humaine liée à la diversité des acteurs, tout ça me plaisait vraiment. Quand j’ai atteint le poste de responsable des opérations, j’avais atteint l’objectif que je m’étais fixé inconsciemment en démarrant. Mon professionnalisme était reconnu. Mais je ne trouvais plus l’élan.
Sur le papier, je cochais toutes les cases. Pourtant, quelque chose ne collait plus. Je m’entêtais à rester parce que vu de l’extérieur, je n’avais aucune raison d’être insatisfaite. Mais je continuais d’encaisser la pression sans rien qui me nourrisse en retour. Je voyais les incohérences du système sans pouvoir agir dessus. Et surtout, ma sensibilité et ma compréhension fine des comportements humains ne s’épanouissaient pas dans ce cadre. Je continuais à vouloir tout contrôler et anticiper sans jamais relâcher, je commençais à ressentir une grande fatigue.
Le gros évènement déclencheur a été le décès de ma grand-mère : j’ai compris que je ne voulais plus continuer comme ça. En partant, elle m’a fait un dernier cadeau : m’autoriser à suivre ce qui faisait sens. J’ai alors demandé à partir via une rupture conventionnelle.
Quelles ont été les étapes pour te lancer en tant que praticienne en ayurvéda ?
C’est à ce moment-là que j’ai commencé un bilan de compétences avec Misfit. Grâce à ce bilan de compétences, la piste de l’ayurvéda a émergé. Les pratiques alternatives m’avaient toujours intéressée et je regardais déjà depuis un petit moment les formations en yoga. Ça a été le coup de boost pour prendre la décision et me lancer !
J’ai enchaîné avec une formation en ayurvéda que j’ai réalisée en 2 ans et demi. Au bout d’un an de formation, j’ai créé mon activité pour commencer les accompagnements.
Je me suis également formée en marketing digital et en commercial pour être outillée pour le développement de mon activité.
Aujourd’hui, j’accompagne des femmes en responsabilité (directrices juridiques, DRH, managers principalement dans des secteurs à forte pression comme l’immobilier, la construction, la finance) à réussir sans s’épuiser : allier ambition et plaisir, avec une approche corporelle et énergétique issue de l’ayurveda, et de ma connaissance fine de leurs enjeux.
Quelles difficultés as-tu rencontrées ? Comment les as-tu dépassées ?
La plus grosse difficulté a été pour moi de travailler seule alors que j’avais toujours travaillé en équipe, avec beaucoup de management externe, sur des projets multi-acteurs. La solitude de l’entrepreneuriat peut être pesante !
Donc je vais de temps en temps dans des coworkings et des cafés pour travailler. J’ai aussi pu rencontrer d’autres entrepreneuses via des formations complémentaires ou même sur Linkedin. Et j’ai pris un chien qui me tient compagnie. Bref, j’ai su m’adapter à ce nouveau mode de travail.
Comment as-tu géré l'instabilité financière de ta reconversion ?
J’ai bénéficié du chômage suite à ma rupture conventionnelle, ce qui m’a couverte une bonne partie de la formation. J’ai ensuite pioché dans mes économies pour compléter et nous nous étions organisés avec mon conjoint de façon à ce que j’ai à assumer une part plus faible des dépenses du couple.
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Aujourd'hui, quel est ton bilan ?
Trois ans après, je suis très contente d’avoir eu l’élan et le courage de partir de la promotion immobilière. Même si ce n’est pas tous les jours facile, créer mon activité m’a énormément fait grandir et évoluer. L’activité est en cours d’ajustements mais je pense que ce sera toujours le cas et c’est ça qui est intéressant.
Financièrement, l’activité n’est pas encore rentable. Mais je suis optimiste pour la suite : j’ai créé mon activité seulement l’année dernière en parallèle de ma formation, terminée il y a un mois. J’ai fait le choix de construire solidement avant de communiquer et j’ai déjà des clientes qui me confirment que je suis sur la bonne voie. Heureusement, j’avais bien sécurisé ma transition (matelas financier, soutien de mon conjoint).
Les conseils de Valentine à une femme qui envisagerait de se reconvertir :
Avoir conscience qu’il y a un temps de démarrage avant de générer des revenus et de bien sécuriser cette transition en amont. Il ne faut pas sous-estimer le temps que ça prend et bien se préparer en conséquence.
Préparer son lancement sans y passer trop de temps parce que les choses ne se passent jamais comme prévu et ce n’est qu’en faisant qu’on peut réajuster. Dans l’entrepreneuriat, il faut accepter d’avancer sans tout savoir et éviter d’être trop perfectionniste.
Aller au contact des futur·es client·es car c’est vraiment ce qui permet de structurer une offre qui leur soit utile et donc qui fonctionne. Ils/elles savent mieux que nous quel est leur besoin réel !
Pour voir le travail de Marion, c’est par ici !