Aujourd’hui infirmière, Alice n’imaginait pas qu’elle allait travailler dans la santé quand elle a démarré sa vie professionnelle dans le secteur des assurances.
Elle nous a raconté son déclic qui l’a conduite à changer de métier, les étapes de sa reconversion et comment elle a dépassé les difficultés engendrées par un changement de vie tout en étant jeune maman.
Bonjour Alice, peux-tu nous parler de ton parcours ?
Mon parcours a été assez chaotique au démarrage, j’étais dans le flou total. Après mon bac Littéraire, je ne savais pas du tout ce que je voulais faire, je suis partie en fac de langues et j’ai vite décroché. Pas de projet, pas de motivation. Je me suis dit “et pourquoi pas hôtesse de l’air ?”. J’ai suivi une formation de quelques mois, j’ai perfectionné mon anglais en Angleterre, et, quand j’ai voulu travailler, c’était la crise de l’aéronautique. Donc j’ai fait des petits CDD dans des magasins de vêtements.
Complètement perdue, j’ai décidé de reprendre mes études. J’ai pris un rdv avec une dame qui m’a présenté tous les BTS possibles et imaginables et j’ai choisi le BTS Banque parce que ca mélangeait un peu tout et que ça plaisait bien à mon père. J’ai poursuivi en licence, c’était assez intéressant. Puis je suis allée en Master Monnaie Banque et Finance. Dès le premier jour de cours, je comprends que je n’ai pas les prérequis. J’ai demandé à faire un changement, mais c’était trop tard. J’ai lâché mon appart et je suis rentrée chez ma mère bien déprimée.
J’ai alors cherché du travail dans ma branche et j’ai trouvé un poste dans les assurances. J’y suis allée sans envie, faute de mieux. Et puis au bout de deux jours, j’y ai trouvé des avantages, du confort et surtout des collègues très sympas.
Comment t'es-tu rendue compte que tu n'étais pas à ta place ?
Mes collègues me donnaient envie de rester mais le propre du travail était insupportable. La gestion de sinistre pouvait parfois me plaire mais tout le volet commercial était contre nature pour moi. Pour avoir les mêmes résultats que les autres, je devais fournir beaucoup plus d’efforts parce que j’étais trop dans le relationnel, la seule chose qui m’intéressait.
On faisait beaucoup de prospection, je devais vendre des produits dont les gens n’avaient pas besoin, c’était ignoble. J’étais micro-managée, c’était très difficile. Et puis j’avais une image désastreuse de moi et de ce que je faisais.
Je savais qu’il me fallait un métier tourné vers l’autre, d’ailleurs quand j’allais voir ma grand-mère à la maison de retraite je regardais les infirmières, aide-soignantes et animatrices avec envie. Je me disais qu’elles étaient véritablement utiles. Mais je ne l’envisageais pour moi, ça me paraissait inaccessible.
Quel a été le déclic pour changer de voie ?
Pendant la crise sanitaire du COVID on m’a demandé de vendre des Garanties Accident de la Vie par téléphone, ce que j’ai refusé de faire. Pendant cette période anxiogène, il y a eu une cassure. Je n’avais plus envie de faire des efforts.
Et puis j’ai regardé la série l’Effondrement, où des personnes se retrouvent pour former des communautés, commentant chacun·e leurs anciens métiers. La couturière et l’infirmière sont accueillies à bras ouverts alors que le webdesigner est vu comme inutile pour la communauté. Je me souviens m’être dit que c’était moi cette personne inutile pour la société.
À ce moment-là, je savais qu’il fallait que je change. Je pensais à quelques idées de reconversion mais ça n’allait pas beaucoup plus loin.
L’année d’après je suis tombée enceinte et j’ai été malade pendant toute ma grossesse. Neuf mois à vomir quinze fois par jour, plusieurs hospitalisations, j’étais complètement déprimée. Je l’ai très mal vécu mais pendant les hospitalisations, les personnes qui se sont occupées de moi m’ont fait énormément de bien.
Quand ma fille est née, elle a fait trois pyélonéphrites en trois mois. Plusieurs hospitalisations pour elle aussi. C’était une période très difficile, mais encore une fois pendant les hospitalisations, les aides-soignantes et infirmières m’ont beaucoup aidée. On ne se rend pas compte à quel point certains inconnus peuvent nous faire du bien. Ça a été ça, le déclic.
Comment est-ce que tu t'es lancée ? Est-ce que ça a été difficile de sauter le pas ?
Je me disais que trois ans sans salaire était ingérable donc je pensais plutôt devenir aide-soignante. Ma mère qui avait été aide-soignante, m’a dit qu’elle avait regretté de ne pas avoir été infirmière. Elle m’a poussée à l’envisager quand même.
J’ai appris via France Travail qu’il pouvait y avoir une prolongation du chômage pour une reprise d’études vers des métiers en tension. Je l’ai vu comme une chance et je me suis inscrite pour passer le concour
Comment as-tu géré l'instabilité financière de ta reconversion ?
Ma formation a été financée par la région. À l’époque, j’ai pu avoir le chômage avec un abandon de poste. La troisième année je n’avais plus vraiment de chômage mais un revenu minimum d’aide, bien en dessous de mes besoins.
On s’est serrés la ceinture, ça a été une phase très compliquée, pleine de sacrifices et de disputes. On n’a pas pris de vacances pendant 3 ans, je ne m’offrais quasi rien et si je le faisais, je culpabilisais. C’était très dur, mais ça valait le coup.
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Aujourd'hui, quel est ton bilan ?
Sur les quatre dernières années, tous les jours je me suis dit que c’était le meilleur choix de ma vie ! Je suis très contente d’aller travailler. Le fait de prendre soin de l’autre est naturel pour moi donc ça me prend peu d’énergie.
La continuité des soins m’apaise : quand je rentre du travail, j’ai l’esprit libre de savoir que mes patients sont pris en charge aussi bien que quand je suis là. Je ne ressasse plus mes contrats, ce que j’ai oublié de faire ou ce qu’il me restera à faire le lendemain sur ma to do-list.
Aussi, j’adore travailler en périodes de 12h. C’est long mais ça permet d’avoir beaucoup de jours de repos. Je travaille en moyenne 3 jours par semaine, donc plus besoin de poser un RTT pour aller à la banque ! Certes il y a des jours où je ne vois pas ma famille mais il y en a d’autres où j’en profite beaucoup plus, j’ai aussi du temps pour m’occuper de moi, de ma maison et de tout ce que je veux. C’est très confortable.
Seul inconvénient : le salaire n’est pas mirobolant mais c’est un moindre mal.
Et pour le futur, je sais que les envies peuvent changer, je trouve ça aussi rassurant de pouvoir aller dans différentes structures : au bloc opératoire, en addictologie, à l’Education Nationale, en libéral, en médecine du travail ou encore en cabinet d’esthétique. On peut faire mille choses.
Les conseils d'Alice à une femme qui envisagerait de se reconvertir :
Foncer !
Ne pas écouter les voix qui découragent. Avant de prendre ma décision j’avais consulté plusieurs infirmières et il n’y en a qu’une qui m’avait encouragée. Toutes les autres tenaient un discours très déprimant sur la difficulté du métier. Mais pour avoir expérimenté un autre métier avant, je sais que c’est surtout dur quand on ne se sent pas à sa place.
Suivre la voie qui vous rendra fière. Faire un métier avec lequel on est raccord moralement est très important. Aujourd’hui, ça joue beaucoup dans mon bien-être de pouvoir dire que je suis fière de ce que je fais.